1 membre du BGC a participé à un voyage en Amérique Centrale, une bien belle aventure !

Lisez le compte-rendu écrit par Bernard BOICHE  (récit complet en cliquant sur le titre de l'article)

El Salvador, Guatémala et Honduras  en VTT  Du 13 novembre au 8 décembre 2018.

A Nicole .

Nous sommes 26 cyclos, 11  femmes et  15 hommes . Le noyau dur de l’effectif est constitué par 16 cyclos et cyclottes du club d’Annecy.  L’organisateur du séjour est Michel Cabart  un savoyard de Peisey Nancroix,  qui a déjà à son actif, l’organisation de 3 MAC en Amérique centrale ces dernières années. ( du Mexique jusqu’à  Panama en 3 mois, avec 6000 km chaque année ).  Je suis heureux de retrouver dans le groupe, Danielle et Jean-Marie et aussi Michel et Régine  avec qui,  je suis allé en 2011 au Tibet .

Après un voyage, quand même assez long, avec une escale à Mexico où il ne fait pas chaud ( 6° ) et où il pleut, nous arrivons enfin à San Salvador.

Rémi le patron de l’agence Coloris et ses trois assistants sont là, pour nous accueillir et nous conduire vers notre hôtel  à San Luis Talpa . En sortant de l’aéroport, une chaleur torride nous tombe sur les épaules, il faut dire que nous sommes toujours avec les vêtements que nous avions à Roissy .

           Nous sommes répartis dans deux mini-bus et nos bagages sont chargés dans un gros pickup conduit par Rémy . Sur la route de l’hôtel, une chose me frappe tout de suite : la végétation tropicale bien sûr, mais surtout ,  les barbelés partout pour protéger les bâtiments et les maisons.

Après environ 35 km, nous arrivons à  notre hôtel, il est vraiment très bien situé, juste au bord du Pacifique . Après installation, douche et déjeuner sur la plage, dans l’après-midi, pour avoir une bonne réception internet, je vais dans le magnifique jardin de l’hôtel, pour me rapprocher du bureau de la réception dans lequel se trouve probablement la box internet, c’est à ce moment   là que j’entends un très fort bruit . Il  se rapproche très vite de moi ,  une employée de l’hôtel me dit de rentrer vite à la chambre ou d’aller sur la plage : en effet, il se passe quelque chose, je me retourne et je vois un nuage blanc qui m’arrive dessus . En fait l’hôtel est bien en bordure du Pacifique, mais juste derrière, c’est la mangrove avec entre autres, ses innombrables moustiques . Périodiquement  un produit ( genre DDT ) est pulvérisé pour luter contres ces bébêtes désagréables, donc je me carapate à vitesse grand V pour échapper à l’asphyxie .

Le lendemain matin, après une nuit de repos et un riche petit déjeuner, nous recevons nos VTT, ce sont  des vélos, tout neufs,  TREK  820 en acier, 3 x 7 = 21 vitesses, le poids est de 15,6 kg ( sans pédale ) . Chacun y installe ses accessoires personnels ( pédales, compteur, GPS, sac de guidon etc … )  Ensuite une petite réception est organisée où les autorités locales et même nationales ( ministre du tourisme, le maire  et  Paola, épouse de l’ambassadeur de France  ) sont présentes . Chacun y va de son petit discours ( sauf Paola ) en Espagnol traduit soit par Rémy, soit par Hugo son adjoint Salvadorien .   Les discours terminés, un très joli spectacle de danses folkloriques nous est offert avant de passer à table pour un  sympathique déjeuner . Dans l’après-midi, c’est une équipe de la TV locale qui nous prend en main. A  plusieurs reprises,  nous devons faire des départs et des retours  fictifs avec nos super vélos  pour être filmés .

Au troisième jour les choses sérieuses commencent enfin, nous partons pour la première étape ( 45 km seulement ) . La TV locale est toujours là pour nous accompagner et  filmer nos moindres  gestes avec caméramans  et drone . C’est un peu excessif ;  ils nous prennent pour  des extraterrestres ?  Rémy nous dira plus tard, que 10 mn nous ont été consacrées sur la TV,  au journal télévisé .

Cette première étape nous conduit dans un hôtel  en  bordure du  Pacifique, prêt de  Mizata . Notre hébergement est rustique et spartiate, mais les aubergistes se décarcassent pour nous être agréables .Un dîner nocturne sur la plage, est préparé,  éclairé par un grand feu de bois .   Etant dans un endroit mal éclairé, je ne vois pas trop ce que je mange et ma chaise s’enfonce dans le sable . Pas terrible la soirée !  Pendant la nuit,  la tourista me rend visite , je passe une partie de la nuit dans les toilettes, mais le lendemain matin, après avoir pris un traitement efficace, je suis remis sur pied,  prêt à reprendre le vélo . Heureusement l’étape n’est pas trop difficile 60 km pour 870 m de dénivelé .

Pendant ces premiers jours, nous sommes vraiment encadrés sur la route, par la police et par des voitures de militaires cagoulés et fortement armés . Nos routes sont de grands axes très fréquentés par d’innombrables camions immenses, cars , voitures,  pickups chargés de nombreux  passagers,  debout à l’arrière dans la benne. Ce n’est pas de tout repos pour des cyclotouristes !  En plus de cela, ces grands axes sont vraiment très mal entretenus, de grands nids de poules y sont très fréquents, il faut vraiment être très vigilent, pour éviter les gamelles !

Je garde en premier lieu en mémoire de ces premiers jours, cette circulation intense, très désagréable pour des cyclistes, mais ça explique aussi pourquoi nous étions tant encadrés par la police et par des militaires . En mémoire aussi, le jour où nous étions bien sûr sur une grande route, deux  fois 2 voies,  où venant d’en face, un véhicule a perdu une roue qui nous arrivait dessus à grande vitesse . La voiture de police qui nous précédait s’est brutalement stoppée et mise en travers pour nous protéger. J’étais derrière en tête du peloton et j’ai vu arriver sur nous cette roue, lancée à toute allure . Heureusement la trajectoire a légèrement déviée et la roue a sauté la barrière de sécurité,  à quelques mètres devant nous, sur notre droite, pour se perdre dans la pampa ; ouf !  Par la suite nous avons trouvé des routes plus calmes qui nous ont permis de profiter sereinement du paysage magnifique de ce pays aux 29 volcans dont 3 sont considérés, toujours en activité .

 Notre parcours nous conduira plus loin, au Guatémala où nous ne passerons que 2 jours pour bifurquer vers le Honduras où nous avons passé nos premiers jours de repos,  après 12 jours consécutifs de vélo . 

Un repos tout relatif car ces deux journées ont été consacrées à des visites : site de production de chaux, avec des fours qu’il faut alimenter en bois pendant des heures pour obtenir le produit final. La  visite plantation de caféiers, plantés entre 800 et 1200 mètres d’altitude . Le café récolté est destiné à l’exportation et je pense qu’ils ne doivent conserver que les cafés de qualité inférieure, car pendant tout le séjour, il a été impossible de boire un café potable, digne de ce nom  . Visite aussi d’une usine de fabrication de cigares, après des précautions incroyables pour pouvoir y entrer : inscription sur un registre, nom prénom, n° de passeport et  avoir un  pantalon long, bras couverts, chaussures fermées, filet pour tenir les cheveux, lavage des mains obligatoire . Ensuite un guide nous fait faire le tour de la fabrication des cigares de A à Z  . L’usine emploie 650 à 700  personnes.  On peut voir, que les employés ne peuvent pas trop lever la tête, car ils doivent fournir un certain nombre de cigares dans la journée . Tout cela au son d’une musique assourdissante, probablement pour éviter qu’ils puissent parler entre eux .  Autant dire que pour moi, les explications du guide en Espagnol traduites par Hugo, qui parle à peine français, dans ce bruit infernal, n’ont pas été très claires . Enfin, la fabrication demande beaucoup de soins incroyables et l’usine fournit toutes les plus prestigieuses  grandes marques de cigares  .

                A Copan nous visitons dans la matinée,  le site archéologique Maya sous la conduite d’un guide très compétent qui nous explique ce qu’était la vie sur ce site, durant l’âge d’or de cette civilisation, autour du 8ème siècle . C’est vraiment très intéressant, mais il faudrait faire un stage de 8 jours pour bien comprendre et assimiler tout ce qui nous est dit par notre guide : la vie des rois, de la noblesse, les coutumes, les sacrifices humains, pour envoyer des messages aux dieux ou pour leur demander des faveurs, le calendrier Maya etc ….  On y reviendra, car c’est passionnant !

                Durant notre séjour, nous avons aussi visité , une petite usine d’exploitation artisanale de la canne à sucre . On nous fait une démonstration très intéressante : les cannes à sucre sont passées dans une machine qui les broient ,  le jus coule, il est dirigé vers de grands récipients qui chauffent et bouillonnent pendant des heures .A la fin il ne reste plus qu’une pâte qui est versée dans des moules en bois . Après refroidissement , des pains de sucres roux sont démoulés, prêts  à  être vendus .

                Une visite également à ne pas oublier, celle du cratère du volcan Quelzaltépèque  ( 600 m de profondeur et plus de 3 km de circonférence ) où il y avait encore  un lac en 1917, avec  barques pour pêcher ou pour se promener,  mais au début du mois de juin, une nouvelle cheminée volcanique s’est ouverte sous le lac, en transformant celui-ci en quelques minutes,  en vapeur d’eau . Aujourd’hui le cratère est resté vide, le lac ne s’est pas reconstitué .

                Voilà, nous n’avons pas fait que du vélo, nous avons fait du tourisme des visites de villes curieuses comme celle de La Palma : la ville est entièrement décorée de fresques dessinées par le peintre Ernesto Llort , qui  s’est inspiré  du style Maya pour imaginer toutes les fresques réalisées par lui dans  cette ville, c’est magnifique !

                J’ai bien aimé aussi, la petite ville de Suchitoto, qui date de la conquête Espagnole, avec ces grandes demeures construites par les colonisateurs, mais ces grandes propriétés ont été revendues aux autochtones par les Espagnols qui partaient en altitude,  pour se lancer dans la culture  des plantations de café. Les grandes maisons de maître ont alors été rachetées à plusieurs et divisées en appartements. Les routes y sont entièrement faites de gros galets ( pas facile pour y faire du vélo ) et il n’y a pas trop de circulation, c’est une sympathique petite ville.

                Nous avons tous été très émus par la visite d’un petit village qui garde encore aujourd’hui toutes fraiches, les traces des attaques et des bombardements effectués  par  les troupes régulières.  Celles-ci  voulaient couper toutes assistances aux guérilléros pendant la dernière guerre civile ( 1981 à 1991 ). La population du village avait été tuée à 90%  . Le nom  de toutes les victimes est gravé à la sortie du village sur le pignon d’une maison .

                Pour notre dernière étape au Salvador, nous retrouvons  la police,  ( elle nous manquait ! ) elle vient pour sécuriser et nous accompagner jusqu’à notre hôtel .  En fait, nous retournons à notre premier hébergement, le super hôtel coincé entre  la mangrove et  le Pacifique  .  Dans la soirée, rebelote :  le bruit de la souffleuse et le nuage blanc ( DDT ?? ), mais ce n’est plus une surprise, je reste aux abris !

                Au bilan : 960 km de VTT et 16600 mètres de dénivelés, soit prêt de 60 Km  et 1000 m de dénivelé / jour . Les pourcentages en montée étaient très souvent très costauds, allant parfois jusqu’à 14 , 15 % .   J’aurais bien aimé avoir quelques dents de plus sur ma cassette ! Personnellement,  je suis passé partout  ( Ce n’est pas le cas de tous les cyclos du groupe, mais je ne donnerai pas de nom ). Mon secret : surtout bien s’hydrater et toujours en garder sous la pédale tant que le sommet n’est pas en vue. Rémy et ses assistants, ont bien pris soin de nous ,  en s’arrêtant très souvent, sur le parcours, pour nous donner de l’eau en bouteilles ou en pochettes plastiques .

Pour nos hébergements, nous sommes passés alternativement, des l’ hôtels  3 ou 4 étoiles, très bien, aux l’ hôtels  sans étoile, sans eau chaude pour la douche .  On ne s’en plaindra pas car sous ce climat tropical ,  ça passe sans problème . La restauration, était un peu  juste au début, ( Les cyclos, ça mange beaucoup !) heureusement j’avais emporté des boites de barres de céréales en complément pour tenir le coup.  Sous les recommandations de Rémy aux différents restaurateurs, les assiettes ont été ensuite, un peu mieux garnies, mais jamais sans excès,  avec toujours des  bananes frites,  un peu de riz, un peu de viande ( souvent du poulet ) ou poisson et toujours une purée de haricots rouges .  La purée de haricots rouges nous a été servie à tous les repas du matin,  du midi et du soir .  Raz le bol, les haricots rouges !!

Beaucoup de mes camarades savoyards et haut savoyards, font partie du  «  club des Cent Cols » avec  pour beaucoup, plusieurs milliers de cols à leur actif . Ils ont un peu été frustrés, car pendant tout notre périple, nous n’avons fait qu’un seul col  répertorié  pouvant être inscrit  sur  leurs  listes ,  c’est le col  De Sinuapa à plus de 2000 m . Toutes les autres montées, même parfois, aussi difficiles que la montée au col  Sinuapa,  ne sont  pas considérées comme des cols .  C’est ballot  non ?

J’ai quand même un petit regret au sujet de ce voyage,  je m’attendais à retrouver un ciel bourré de milliards  d’étoiles, comme celui  que j’avais observé au Tibet en 2011 .  Hélas le ciel ressemblait à celui que nous voyons en France avec la même pollution lumineuse. 

                Pour voir les photos de ce voyage, mes amis  Michel et Régine, ont tenu à jour, un blog, qui retrace entièrement notre périple, avec tous les détails, jour après jour,  je vous conseille de le consulter ( auboutdesoi  sur le net ).

                A bientôt pour de nouvelles aventures, avec moi si ça vous tente …

Bernard  Boiché-Cavélieus

 

               

                Nicole était du voyage au Salvador . Très grande cyclotouriste, elle était adhérente d’un grand club parisien.  Elle avait réalisé presque toutes les « flèches » possibles en France . Elle avait aussi fait un grand voyage, en 2017, avec la FFCT, en Ethiopie . Elle est décédée 3 semaines après notre retour, d’un arrêt cardiaque .